Faut 1 milliard maintenant ! 

Quand la folie sécuritaire s’empare de nos dirigeants, curieusement, la sécurité des femmes n’est pas une priorité.

En 2019, malgré les effets d’annonces et les bluffs de Marlène Schiappa, Le Haut Conseil à l’Egalité révélait que seulement 79 millions d’euros étaient précisément accordés à la lutte contre les violences contre les femmes sur les 530 millions millions dont dispose le secrétariat à l’Égalité entre les femmes et les hommes. 

Comme d’habitude, la communication des macronistes s’essouffle sur les écueils de la réalité, et les moyens alloués apparaissent bien maigres une fois les esbroufes budgétaires révélées. Il en est de même pour l’année 2020. Encore une fois, règne le goût amer de ne pas être prises aux sérieux. 

En 2019, 152 femmes sont mortes tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. Le nombre s’élève déjà à 87 pour l’année 2020, et si le terme de féminicide commence timidement à s’imposer, les statistiques de son effroyable régularité ne rencontrent pas une réponse à la hauteur. L’ampleur de la violence s’oublie et nous voilà forcé de rappeler années après années que près d’1% de la population, 219 000 femmes sont victimes régulièrement de violences conjugales, que l’on recense entre 15 et 20 000 viols déclarés chaque année sans même compter les tentatives de viol ou sans pouvoir estimer les viols effacés par le silence de la douleur. 

Ces drames quotidiens sont les symptômes visibles d’un mal plus profond, de l’existence d’une guerre faite aux femmes, celle qui vise à nous maintenir en tant que subalterne. Difficilement extirpées de notre statut civil de mineur par le biais de nos luttes, nous sommes toujours moins payées, moins primées, moins valorisées. 

Nous alternons bien souvent entre la satisfaction de voir le chemin parcouru, les luttes gagnées – elles sont réelles – et le découragement devant la lenteur de nouvelles avancées. 

Nous restons les principales actrices de la parentalité, ce qui se conjugue difficilement avec une carrière quand ça ne se solde pas par du temps partiel subi ou imposé. Nous continuons d’effectuer la majorité du travail domestique, d’être en charge de l’organisation du foyer et de la prévoyance constante du déroulement des vies familiales. Le droit à disposer de notre corps est constamment mis en danger par les restrictions budgétaires qui ferment les maternités et les centres qui pratiquent l’IVG, tandis notre santé gynécologique reste largement contrôlée par des hommes. 

Quant à nos corps eux-mêmes, ils subissent les assauts constants des prescriptions. Pour un vêtement trop court, nous mériterions le viol. Pour un maillot trop couvrant ou un voile sur nos cheveux, nous sommes désignées ennemis de la République et de la laïcité. Nos corps standardisés sont sexualisés pour vendre des parfums, des voitures et des yaourts. Nos corps réels sont la cible du harcèlement, des remarques lubriques quand ils ne sont pas dénigrés pour nos poils, nos peaux, nos règles, notre poids, notre âge. Notre vie organisée est l’expression d’un mépris profond de notre condition de femme.

La déflagration #Metoo, ce cri de ralliement de toutes ses femmes décidées à briser l’omerta a marqué une nouvelle étape dans notre lutte pour l’émancipation de toutes. Elle a fendu une illusion qui s’efforce de persister. Elle a révélé le décalage entre la proclamation d’une égalité formelle et la longue route qui nous sépare encore d’une égalité réelle. Une chose demeure sûre, les discours ne parviendront pas seuls à transformer nos réalités car, comme l’actualité nous le rappelle avec cruauté, les outils collectifs dont nous disposons restent incapables de répondre à notre besoin de protection, à notre désir d’émancipation. C’est la police qui échoue trop souvent à accueillir la plainte pour un viol quand près d’un tiers d’entre elles ne sont pas transmises au procureur. C’est la justice qui n’a pas reconnu le qualificatif de viol pour Julie, une jeune fille mineure sordidement violée par vingt-deux pompiers. C’est le silence complice des autorités qui laissent les employeurs pratiquer l’inégalité de  nos rémunérations. C’est de nouveau, le gouvernement qui refuse d’avancer les moyens nécessaires pour répondre aux situations critiques.

Comme pour tous les sujets écartés du rang des priorités, l’Etat se défausse de ses responsabilités auprès de ceux, et ici celles qui, au coeur du combat, embrassent le combat titanesque de palier l’injustice fondamentale qui nous est faite. Les associations féministes s’improvisent donc centre d’accueil, permanence juridique, soutien psychologique, formateurs des personnels de la police nationale, lanceuses d’alertes. 

Affront supplémentaire, le gouvernement s’apprête à lancer un marché public pour une mise en concurrence de la gestion de la ligne d’écoute du 3919 gérée depuis 1992 par l’association Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF).

Je veux dire ici mon immense gratitude à ces associatives qui recueillent, accueillent ces femmes et leurs témoignages souvent très durs. Il faut mesurer combien il est éprouvant, même pour les mieux formées, de digérer la violence des récits. 

Comme pour nos personnels de santé, d’ailleurs majoritairement composés de femmes, comme pour les relais associatifs qui organisent la solidarité alimentaire et où les femmes sont nombreuses, tout repose sur notre résilience à toute épreuve. Cette situation ne peut plus durer. 

Cette année, à l’occasion du 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, en réclamant 1 milliard d’euros réels, concrètement alloués, les femmes ne réclament que leur dû.