Plus de 35 000 destructions de postes ont été annoncées depuis septembre dans notre pays. Pourtant quand il s’agit d’expliquer ce dégraissage de leurs salariés par des grandes entreprises, des mots lissés ont recouvert les tristes réalités. Les licenciements collectifs s’appellent “plan de sauvegarde de l’emploi” quand il ne s’agit pas de “plan de départs volontaires” ou de “restructurations pour conserver la compétitivité de l’entreprise”. Ce dessaisissement des mots est un poison pour les travailleuses et les travailleurs qui les avaient investi de sens par leurs luttes. Quand il n’y a que des “collaborateurs” et plus de salariés, c’est une vision fantasmé du travail qui s’installe. Celle d’une collaboration ravissante où chacun est traité à la hauteur de sa contribution et à la hauteur de ses besoins par un management soucieux du bonheur de toutes et tous. Derrière ce mirage, le règne de la compétitivité est en réalité l’expression d’une brutalité sans nom. La novlangue macronienne n’est pas en reste, elle excelle même dans le travestissement des réalités. Tant que persistera une compétition où les biens sont produits dans des conditions sociales désastreuses et dont le prix n’inclut pas le coût écologique de leur transport mondial, la pression sur la baisse du “coût du travail” s’accentuera. Le mot compétitivité est en réalité le mot d’une guerre sans fin contre les besoins humains. La stratégie de compétitivité est celle d’un alignement sur le moins disant social. Dans l’échange mondial tel qu’il est organisé, elle s’aligne sur la norme des pays émergeants ou en développements qui ont besoin pour exister face au coeur du capitalisme organisé de produire à tout prix, peu importe les dégâts humains ou écologiques. Pour les grandes entreprises, une fois levé le voile des discours sur le bien-être au travail, les collaborateurs sont donc une donnée parmi d’autres, un coût. Cette philosophie, nos dirigeants se la sont appropriés depuis quarante ans. Quand nous parlons d’augmentation de salaires, de prestations sociales, de cotisations en tant que contribution du patronat au bien-être collectif, ils y voient un coût insupportable. Puisqu’aucune dépense ne saurait être justifiée dans l’entreprise à l’exception de la compétitivité, seules celles visant à la subventionner semblent acceptables. C’est ainsi que s’explique les milliards qui pleuvent pour le CICE ou la baisse des impôts de production et qu’en parallèle on organise des économies sur la prestation d’assurance chômage pour les plus précaires, saisonniers, intérimaires… L’obsession patronale du coût a de toute évidence envahi l’ensemble du débat public. Toute dette contractée par l’Etat leur est insupportable car les dépenses sociales représentent autant d’opportunités marchandes qu’ils ne peuvent investir. Alors, au moyen d’une propagande étouffante, nos besoins sociaux sont transformés dans leurs discours comptables en coûts, en charges comme si notre revendication de vivre dignement et autrement était un caprice trop onéreux et non un dû. L’idée selon laquelle une économie de marché dynamique repose sur une concurrence libre et non faussée est devenue la grammaire des politiques néolibérales. Elle encadre tout, les lois, les discours jusque dans leur ton : péremptoire, sûr de lui, méprisant. Mais il ne s’agit ici que d’une vision politique, pas d’une règle immuable. A cette croyance, opposons une espérance.