Samedi 13 janvier 2018 – Nanterre

 

Cher-e-s Camarades et cher-e-s ami-e-s,

D’abord je veux vous dire avec beaucoup de fraternité et de sororité tout le bonheur que je vous souhaite pour cette année 2018, à vous, à celles et ceux qui vous font vibrer, qui vous émeuvent, qui vous épaulent.

C’est compliqué un discours de voeux militant quand il n’y a pas d’année électorale, et une année de congrès en plus !
Le plus simple consisterait certainement à balayer dans le détail la situation de notre monde, de notre pays… Je vais m’autoriser, non pas à de la feignantise je vous rassure, mais – ce ne sera une surprise pour personne – pour mes derniers voeux en tant que secrétaire départementale, à quelques choix personnels et donc quelques ellipses !

J’ai envie, pour commencer de partager avec vous ce qui m’interpelle, me fait vibrer (politiquement, culturellement), ce qui m’émeut, m’anime, en différents lieux du monde et qui je crois font sens…

Ces choix sont aussi une manière pour moi de réaffirmer le besoin de faire de la politique avec à la fois rigueur, réflexion, précision mais toujours avec fougue, émotion, révolte.

En premier lieu, je veux vous parler de ce déclencheur fou de libération de la parole des femmes, il y a quelques semaines. Il ne vient évidemment pas de nul part, il est le fruit de longues luttes, d’avancées considérables, comme d’aspirations étouffées. Travaillons à présent à ce qu’il soit suivi d’actes poussant jusqu’au bout enfin l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est une bataille politique de grande envergure. La dernière tribune signée notamment par Catherine Deneuve et Catherine Millet, les déclarations si obscènes qui l’ont accompagnée ces derniers jours, montrent à quel point le patriarcat est ancré et combien le progrès est fragile. La bataille idéologique doit donc battre son plein.

Ne pas être un objet est une avancée !
Cette égalité est une liberté, y compris une liberté sexuelle. S’extraire des schémas imposés, rechercher le désir de l’autre et non sa domination : là se joue une profonde différence. Là se joue une part de bonheur de plus pour toutes et tous !

L’argument du puritanisme me fait penser celles et ceux qui disent « qu’on ne peut plus rire de rien »  regrettant a demi-mot de ne plus pouvoir faire de blagues racistes. Mais déjà commençons par dire que des blagues racistes il en existe toujours, toujours trop.
Puis imaginez quel progrès serait-ce que de ne plus en faire du tout ! L’humour gagnerait à coup sur en qualité, les femmes et les hommes en égalité et nous tous en humanité !

Une humanité illustrée au quotidien par les habitant-e-s de Névache, dans les Hautes-Alpes, dont le combat constitue, à mes yeux, une sauvegarde de ces valeurs que nous partageons. En cordée, ils et elles se relaient, nuit et jour, pour secourir des migrants qui fuient la misère, la guerre, les persécutions et, de plus en plus, les catastrophes écologiques.
Ceux la même qu’une loi prochaine du ministre Collomb viendra fragiliser.
Ceux que ce même ministre veut aller chercher jusque dans les centre d’hébergements d’urgence, triant la misère par circulaire ministérielle !
Et pour les plus jeunes d’entre eux, des enfants, à qui une simple lettre explique qu’ils ne seront pas reconnus mineurs isolés au motif que leur maturité serait prouvée, je cite « par le choix courageux et réfléchi de quitter leur pays natal », l’indécence n’a pas de limites.
Alors ces montagnards, tout comme Martine Landri, militante d’Amnesty international, accusée de délit de solidarité, nous offrent un regard sur le monde pour lequel je veux dire toute ma gratitude et mon admiration. Ce sont bien eux qui, avec les migrant-e-s ,sont du coté du droit international et du devoir humain.

Ce n’est pas non plus Ahed Tamimi, palestinienne de seulement 16 ans depuis 1 mois dans les prisons israéliennes ou Salah Hamouri depuis 5 mois qui bafouent le droit. C’est Netanyou et c’est le gouvernement israélien aidés par un président américain sans limites qui bafouent le droit, leurs droits. Ahed et Salah sont de cette nouvelle génération de militants palestiniens, dont le père d’Ahed nous dit le double défi : « D’un côté, ils ont le devoir, bien sûr, de poursuivre le combat contre le colonialisme israélien dans lequel ils sont nés, jusqu’au jour de son effondrement. De l’autre, ils doivent affronter avec hardiesse la stagnation et la dégradation politiques qui se sont répandues parmi nous. Ils doivent devenir l’artère vivante qui fera revivre notre révolution ». Je partage !
Nous admirons leur force, leur courage, et le dévouement, l’amour, les petits moments sublimes qui viennent de leur choix de briser les murs invisibles de la passivité.

Passivité dont on ne pourrait blâmer les grévistes d’Holiday Inn à Clichy. Sur-précarisés, exploités dans un travail dissimulé, des femmes de chambre, des gouvernantes, des équipiers continuent leur mouvement entamé depuis le 19 octobre avec du courage et une énergie impressionante. Bravo à elles, à eux et aux camarades de la section et du département engagés avec eux.

Ah mais j’allais oublier, il y a autre chose qui m’a fait vibrer dernièrement : l’élection de Pierre Ouzoulias comme Sénateur des Hauts-de-Seine ! quelle belle nouvelle de pouvoir compter sur Pierre qui m’a demandée de l’excuser. Pierre, après Brigitte (que j’embrasse) pour résister face à la droite, à celles des Républicains comme à celle d’en Marche.

Ce fameux nouveau monde, qui à grands coup de tweets ferait passer le gouvernement En Marche et sa majorité pour Jésus et ses apôtres et qui en 6 mois, a supprimé l’ISF, a reculé sur la PMA pour toutes les femmes, baissé les APL, gravé l’état d’urgence dans le marbre, mis en place la rupture conventionnelle collective, inversé la hiérarchie des normes, passé un rabot sévère sur les hôpitaux, instauré la sélection à l’entrée de l’université, la CSG pour les retraités…et qui dans les mois à venir prévoit pour ce que nous savons de détricoter la loi SRU, remettre en cause l’assurance-chômage, d’entamer une révision constitutionnelle qui affaiblit le pouvoir législatif, traquer les migrants….

Le combat que Pierre mène au Sénat avec le groupe Communiste, républicain et Ecologiste, je le mène avec le groupe GDR à l’Assemblée. Nous y mettons de l’énergie, de la pugnacité et j’espère du souffle. Merci à tous les camarades qui nous envoient des encouragements, ça nous fait du bien.
Mais soyons bien conscients que ce ne sont pas 15 sénateurs et 11 députés communistes, aussi dynamiques soient-ils, qui relèveront le défi de la résistance face au bulldozer En Marche.
Encore moins à eux seuls celui de la construction à gauche d’un mouvement populaire, d’un mouvement ouvrier de notre temps !

Si il nous apparaît évident de faire force commune avec les députés insoumis, et c’est bien sur un levier, cela ne peut suffire à un rassemblement de nouveau type, et il ne peut remplacer les liens entre les forces politiques, les militant-e-s, du national au local et du local au national. Je m’en voudrais de ne pas dire aussi européen, pas seulement pour ça, mais aussi en vue des élections européennes de l’année prochaine !

Ces questions sont déjà au coeur de notre congrès de novembre.
Je crois qu’il nous faut considérer comme une opportunité politique le changement de curseur à gauche, un curseur plus radical, car les temps qui sont les nôtres appellent à une rupture, sans précédent et à toutes les échelles.
Nous le savons dans le même temps, la gauche a fait son plus mauvais score lors de ces dernières élections.

Il nous faut donc trouver les voies pour nourrir l’alternative sans se couvrir d’oeilleres !

Tous ces débats sont complexes, comme le sont ceux de « la gauche », du « populisme de gauche » ou du rapport à la mondialisation. Ils doivent être menés dans la plus grande rigueur, sans consensus mou, sans crainte des aspérités.
La gauche est à nouveau dans un moment où sa reconstruction, sa refondation est la condition de sa survie. Mais si cette refondation exige la plus grande clarté, elle interdit tout esprit de fermeture.
Pour qui veut donner au mouvement populaire la force politique critique, propulsive, joyeuse dont il a besoin, le respect de ce double constat doit être une ardente obligation pour chacun et nul, quel qu’il soit, ancien ou nouveau, expansif ou plus modeste, ne peut penser qu’il en est exonéré.

Je formule donc pour nous, communistes, de l’offensivité évidemment ! Mais également de la lucidité afin d’évaluer de la manière la plus juste ce qu’il se passe précisément en dehors de nous. C’est une conquête sur nous mêmes, je sais à quel point elle est difficile.

je veux souligner combien nous avons à éviter de penser par la peur.
Sans naïveté. Mais la peur ne peut guider nos choix. Peur de ne pas exister, peur de disparaître, peur des autres…

Cela nécessite de réinvestir le terrain de la pensée: si notre histoire et nos productions sont extrêmement riches, elles ne peuvent constituer des lauriers sur lesquelles se reposer. Nous valons bien plus.

Les mutations de notre société sont considérables. Si le nouveau monde de Macron, fourbi de vielles recettes, tente de faire passer l’aspiration à travailler moins, à être plus solidaire, à plus d’égalité comme ringarde, nous nous devons de revoir la manière de les porter, de les formuler, de nous organiser, de donner à nos propositions chair et cohérence, au risque de tomber avec le vieux monde !

Cela demande de l’audace. L’audace de ceux et celles qui ont la lucidité de savoir qu’une bataille ne se perd que si on ne la mène pas. L’ambition des petits qui voient en grand.

Du courage aussi sur certains sujets qui en nécessitent, soit parce qu’ils ne sont pas a priori populaires ou car ils bousculent certains de nos prêt-à-penser, que ce soit notre combat anti-raciste ou celui du travail d’aujourd’hui. De l’écologie bien peu compatible par certaines entrées avec ce que nous disons, notamment en matière d’emploi et d’industrie.

J’espère que nous pourrons avancer sur ces question lors des Etats généraux du progrès social. Dans le département nous organisons dans ce cadre une soirée la 2 février à Nanterre sur les droits des femmes et le 3 février en matinée à Malakoff sur le travail.

50 après mai 68, oui décidément rappelons le nous :il n’y a pas de bonheur sans révolte contre le vieux monde existant !

Encore très belle année à vous.

Elsa Faucillon