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ATELIER LEGISLATIF SUR L’ECOLE

Un peu plus de 60 personnes ont assisté à l’atelier législatif sur le projet de loi pour une « École de la confiance », ce mardi 5 février. La plupart étaient des enseignants, aussi bien du premier que du second degré. Des parents d’élèves, des syndicalistes, des citoyens étaient également présents. Les deux ateliers par groupe, sur le fond de la loi d’une part et sur les revendications fortes pour l’éducation d’autre part ont permis d’évoquer des thèmes très variés et d’exprimer, très souvent, un vrai sentiment de décalage avec l’esprit autoritaire et inégalitaire que le gouvernement et le ministre Jean-Michel Blanquer imposent aujourd’hui dans l’Éducation nationale. 

     UN DÉBAT, VOS MOTS

  • Il faut rappeler l’importance de combattre la baisse du nombre de fonctionnaires, quand on parle de supprimer 120 000 postes c’est aussi l’Éducation qui sera concernée…
  • Élément frappant, choquant de la loi : le gouvernement va passer aussi par des ordonnances, sur lesquelles les parlementaires n’auront pas leur mot à dire et nous non plus ! 
  • Les enseignants ne doivent pas avoir une obligation de réserve : leur rôle doit aller au delà d’un rapport hiérarchique et sur-encadré, où règne la loi du silence.
  • Avec la Loi Blanquer, les ZEP seront maintenant les « Zones d’ Éducation Privilégiée » !
  • 47 classes de maternelles en moins sur le département à la rentrée 2019 : le dédoublement se fait sur le dos des classes supérieures ! Il faut informer la population de ce qui est en train de se passer
  • Réforme des ESPE (écoles de formation des professeurs) : un grand flou sur ce qui attend les futurs professeurs dans leur formation, et donc une grande inquiétude
  • Inquiétude sur l’égalité de valeur des baccalauréats selon le lycée après la réforme
  • Alertes sur les élèves en situation de Handicap : on n’a pas les moyens de les inclure : « 10 heures d’AVS ça suffit pas ». 
  • Loi Blanquer : « des mesurettes, c’est pas ça qui va changer l’avenir des enfants ». Il ya un manque cruel d’ambition pour les élèves dans cette loi. 
  • Pas de relation de confiance avec le ministre : un homme providentiel, autoritaire (dans le choix de direction des ESPE par exemple). Où est la confiance ? « C’est une école de la confiance où on nous demande de nous taire ! ». 
  • « Regardez combien de fois le mot « contrôle » apparaît dans le texte de loi ! » 
  • Les manques de moyens constants changent totalement notre métier, notre capacité à l’exercer et la qualité de nos missions. On fait la part belle au privé !

     LES SILENCES DE LA LOI

  • Alerte sur la situation sociale gravissime des élèves à laquelle les professeurs sont de plus en plus confrontés (hébergement d’urgence, enfants qui ne sont pas alimentés, qui dorment à l’hôtel) : le projet de loi oublie toute cette question qui est la vraie urgence dans beaucoup de nos écoles, en particulier bien sûr dans nos quartiers. L’école publique est enrayée, elle ne permet plus dans certains lieux aux élèves d’envisager un avenir désirable. E t que fait-on quand des villes refusent de scolariser des enfants sans papiers? Elles sont hors la loi mais ne s’en préoccupent pas. 
  • Où est la valorisation du service public en général dans ce projet de loi, et en particulier celui de l’enseignement ? On ressent une défiance à l’égard de cette idée de service public éducatif.
  • Quelle place pour la valorisation du rôle des parents dans l’éducation, leur place dans la scolarité, le lien qu’ils peuvent avoir avec l’école (quel que soit leur niveau d’étude). C’est totalement absent de la vision de Blanquer.
  • La question de l’orientation : le poids des profs dans l’adéquation de l’orientation avec le niveau des élèves et dans leur accompagnement est aujourd’hui de plus en plus réduit à néant.
  • Urgence pour l’accueil des élèves handicapés : situation des AVS / AESH, mais aussi les profs qui sont démunis quand ils ont un enfant handicapé dans leur classe (c’est impossible de gérer correctement l’enfant et ça dérange le reste de la classe). On commence à voir des parents qui ont recours à des AVS privées. Les classes à 30 élèves sont aussi un frein considérable à l’individualisation : il faudrait grand maximum 24 élèves. On peut aussi réfléchir à un allègement obligatoire et systématique des classes qui accueillent des élèves handicapés. 
  • On ne peut pas se contenter du dédoublement en primaire. Au collège, âge éminemment sensible et déterminant, on ne peut pas se permettre d’avoir des classes avec autant d’élèves (30 et plus). Moins d’élèves dans une classe, ce n’est pas qu’un confort, c’est une nécessité pour la qualité de l’école. On a un vrai paradoxe : si on dédouble certaines classes, c’est qu’il faut le faire partout parce que c’est bénéfique ! Comment vont faire les élèves qui ont été habitués à des petites classes pour passer dans des classes surpeuplées ensuite ? 
  • Où parle t-on de l’épanouissement des enfants à côté de la performance ? Où parle t-on de la cohésion nationale dont l’école est l’outil majeur ?

   SUR LE CONTENU DE LA LOI…

Article 1er

  • Vrai problème sur la définition de ce qu’est « l’exemplarité », parce que c’est un terme à connotation très autoritaire. Parallèle avec les dirigeants politiques et administratifs qui eux ne montrent pas l’exemple (rémunérations des collaborateurs de Marlène Schiappa qui ont bénéficié d’une importante hausse de salaire). Ça pose aussi la question de savoir ce qu’on aura le droit de faire ou non…Est-ce qu’on pourra participer à ces ateliers l’année prochaine sans être sanctionnés ?
  • En l’état, cet article facilitera la sanction voire le licenciement de professeurs qui font « trop de vagues ». La neutralité à laquelle les profs sont soumis est claire, et objective. Ce n’est pas le cas de la notion « exemplarité » prévue dans cet article !
  • Pour les parents, cette disposition pourra conduire aussi à ce que l’opposition à l’évaluation nationale de leurs enfants ne soit plus possible

À propos du Chapitre II du texte

  • La mesure de scolarisation obligatoire des enfants dès trois ans doit être accompagnée d’un véritable financement des communes par l’Etat.
  • La question de l’ouverture du droit à la scolarisation dès deux ans doit être posée d’urgence, notamment pour les enfants issus des classes populaires.
  • La présence d’enseignants au sein des écoles maternelles doit être défendue.

À propos de l’article 5

  • L’enfant instruit à domicile doit jouir des mêmes droits que l’enfant scolarisé : ce projet de loi l’oblige au contraire à être dans la performance et non dans l’apprentissage

À propos de l’article 6 quater

  • Cette école du socle disposera des mêmes enseignants pour les 1er et 2nd degré alors qu’ils bénéficient d’une formation différente.

À propos de l’article 9

  • Cette mesure entrave la liberté pédagogique des professeurs.
  • Le nouveau comité d’évaluation de l’école ne sera pas indépendant : le ministère se contrôlera lui-même.

À propos de l’article 14 

  • La place du concours des enseignants doit être en fin de troisième année de licence.
  • La nouvelle formation proposée pourrait s’inspirer du modèle des IPES (Institut de préparation aux enseignements de second degré) en proposant une entrée en licence 1 avec un salaire de fonctionnaire-stagiaire. 

       L’ÉCOLE AUJOURD’HUI 

Une  précarité croissante des enseignants

> Besoin de se battre pour le niveau de vie des enseignants particulièrement en région parisienne, où les prix sont plus chers. 

> « On a quasiment perdu la moitié de notre pouvoir d’achat depuis les années 1980, ce qui accompagne la perte de valorisation du métier, la déconsidération des enseignants et de tous les personnels de l’éducation. »

> La question des heures sup’ : le fait obligatoire par exemple d’arriver avant les enfants et de partir après, qui n’est pas pris en compte (+ vide juridique dangereux pour la responsabilité des profs). « Une heure sup de cours, c’est une après-midi de travail en plus » 

Le ministre assume que les professeurs soient des travailleurs pauvres : il nous parle de prime d’activité, c’est dire à quel niveau on est !
> Des problèmes de logements, dans la vie privée, du pouvoir d’achat qui plombe le travail des professeurs devant les élèves alors même qu’on est de plus en plus exigeants avec eux.

> « On perd de l’argent chaque année sur notre salaire. On ne voit ça nulle part ailleurs ». 

Mais il ne faut pas se limiter à la question des salaires : la question de la qualité du service public est aussi essentielle, la qualité des infrastructures et des locaux, des moyens pédagogiques qu’on devrait avoir.

« Il n’y a plus de remplaçants. Je suis enceinte et je me sens coupable de m’arrêter, donc j’irai jusqu’au bout. » 

« Malade la semaine dernière, je suis venue quand même en cours, j’ai fait de la présence ». 

> « Je suis rentrée dans ce métier avec les yeux qui brillaient. J’adore mon métier. Mais je ne pourrais le conseiller à personne. Pourtant j’espère que mes enfants ne voudront pas faire ce métier. C’est démentiel. » 

Alerte sur la médecine scolaire pour les professeurs (du travail et psychologique) : « je n’ai pas eu de contrôle depuis 2006 » et pour les élèves : actuellement un médecin pour 2 000 élèves.

« On détruit l’école par tous les bouts »

  • Réforme du collège en 2016 : on a vidé les programmes de leur contenu. On privilégie les compétences, les méthodes, aux connaissances. « En SVT par exemple, je n’ai plus grand chose à apprendre à mes élèves. Pourtant, l’enjeu écologique d’avenir autour de cette matière est considérable, évidemment ! »
  • « Je rame depuis 10 ans pour la sauvegarde des CIO. Blanquer fait rentrer le privé dans les CIO ».
  • Réforme du lycée : elle va créer et aggraver des inégalités monstres et enclaver des lycées-ghettos. Les élèves brillants de banlieue seront eux-mêmes entravés dans leur réussite par la faible offre des lycées de banlieue. On incite à des regroupements d’élèves de bon niveau en dehors des zones déjà défavorisées. 
  • Loi de confiance, mais pas réciproque : « faites confiance au ministre ». Un manque de considération du ministère à l’égard des profs qui est effrayant. 
  • L’école n’échappe pas à l’évolution de la société qui pousse à la rentabilité, à l’efficacité, à un travail au pas. On fixe des objectifs aux profs et on leur met la pression, ça n’a aucun sens dans cette mission d’enseignement. 
  • Blanquer, en disant que les profs vont maintenant faire lire, écrire etc tous les jours désormais, il décrédibilise gravement le métier d’enseignant, et l’école, parce que c’est ce qu’on fait déjà depuis des années !
  • Concernant les évaluations. On nous a demandé d’évaluer les élèves en français et maths. Alors on s’est mis à fond dessus, résultat on ne travaille plus les autres matières. 

La difficulté de mobiliser

On n’arrive pas à mobiliser, ou sur des choses très égoïstes. Les syndicats, les enseignants ne se battent pas assez sur les rémunérations. On a perdu 30% de notre pouvoir d’achat. De plus, les parents devraient avoir un rôle absolument majeur dans tout ça. Pourtant des recteurs ont même interdit aux profs de rencontrer les parents et de communiquer avec eux sur l’explication des réformes, sur les raisons des grèves, au motif d’une volonté de « garder la maîtrise de la communication », dans les Bouches du Rhône notamment. On a une vraie rupture de communication collective avec les parents, y compris les parents d’élèves, les représentants.

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