« On est chaud, chaud, plus chaud que le climat ! »

 

Température peu clémente à Carpentras ce mardi 6 février, jour du procès de Nicole Briend, soixante-dix ans, militante d’Attac accusée d’avoir « fauché » des chaises ».

BNP Paribas a porté plainte contre elle après qu’elle a, en mars 2016, participé à une action symbolique dans une des agences locales de la banque. Elle y a « réquisitionné » trois chaises…remises plus tard au Trésor public local. Mars 2016, c’est tout juste un mois avant les révélations des Panama Papers… Les hyper-riches sont tranquilles, Nicole est accusée de vol en réunion !

Au travers de cette action, Nicole voulait dénoncer l’évasion fiscale pratiquée par la BNP, dont 32% des bénéfices se font dans les paradis fiscaux. Ajoutons que la banque finance des activités climaticides, mais aussi des activités pratiquées sur des terres acquises illégalement – des colonies israéliennes, par exemple.

 

L’art de mobiliser

Attac et le collectif unitaire avaient vu les choses en grand pour soutenir Nicole : soirée de solidarité le lundi soir autour des lanceurs/ses d’alertes, faucheurs/ses de chaises et du délit de solidarité, trois cents personnes présentes – parmi lesquelles je retrouve des amis du 92 –, ovation pour Cédric Herrou qui nous rejoint via Skype. Au dodo, on se retrouve demain matin au rassemblement devant le tribunal.

Je me souviendrai longtemps de ce moment-là. Une matinée orchestrée comme seuls ceux qui ont fait les grands rendez-vous de l’altermondialisme savent le faire : leur côté hippie s’arrête quand commence l’organisation… Des pro de l’autogestion, ça me parle !

7h50 pétantes : rendez-vous devant le café Rich’, ça ne s’invente pas. Les militants se donnent la main jusqu’au tribunal, situé à deux cents mètres. 8h10 : départ de Nicole derrière une banderole aux côtés de son avocate, d’Annick Coupé, de diverses personnalités.

Dernière Nicole, avec Adrien Quatennens, Barbara Romagnan, Corinne Morel-Darleux et Sandra Regol, nous remontons la rue jusqu’au tribunal au milieu d’une haie d’honneur constituée de plusieurs centaines de soutiens scandant : « C’est pas Nicole qu’il faut juger, mais l’évasion fiscale en bande organisée ! »

 

Faire bloc avant de faire majorité

Une fois arrivés, les prises de paroles se succèdent. Une palette fait office d’estrade, de nouveaux slogans voient le jour, on chante Le Chiffon rouge. Des associatifs, des politiques, des syndicalistes, des mouvements citoyens convergent. Ici, urgence sociale, urgence écologique, urgence démocratique, même combat ! Les pieds nous rappellent qu’il fait froid, mais « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud, que le climat ! »

Je ne suis pas véritablement une adepte de l’unitééééé brandie comme unique argument, mais je dois avouer que ce « Tous ensemble ! », ce matin-là, faisait du bien. Nous avons fait bloc pour l’une d’entre nous, une dont on sait qu’elle mériterait une médaille, mais la refuserait. Une, comme tous les autres ce jour-là, avec qui on se comprend tout de suite. Une comme ceux qui m’ont accueillie à leur table : ils avaient presque tous les cheveux blancs, mais avaient réservé leur chambre à l’auberge de jeunesse !

Comment dire cela simplement ? Je sais que nous ne sommes pas assez nombreux pour faire aujourd’hui majorité, je sais aussi que ce n’est pas juste en mettant en avant notre unité que nous ferons majorité. Et puis je n’ai aucune illusion sur le fait qu’une fois assis autour d’une table de réunion, nous trouverions mille sujets pour nous engueuler…

Mais tous les gens qui sont là me plaisent, m’émeuvent… et je refuse que l’on se passe de l’un-e d’entre eux. Malgré mes doutes, parfois, j’aimerais juste que chacun-e d’entre nous soit prêts à faire du neuf, ensemble !

 

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